Le cinquième et dernier Titre Mondial des Pilotes obtenu par l'argentin fut probablement le plus remarquable, en particulier pour la grande supériorité de Fangio sur des pistes comme celles de Buenos Aires, de Rouen ou dans la fameuse Nordschleife du Nürburgring. Les historiens de la Formule 1 s'accordent généralement à dire que celle-ci n'était pas seulement la meilleure course de « El Chueco » (un autre surnom du champion), mais que c'était aussi le Grand Prix le plus formidable de tous les temps.
En outre, l'argentin de quarante-six ans faisait impression non-seulement par son adresse et sa précision en étant capable de suivre la même trajectoire tour après tour, avec une perfection de métronome, pour grignoter une autre dizaine de centimes, mais aussi par sa grande intelligence de course.
Fangio anticipait l'ère moderne de la Formule 1 car il ne laissait jamais rien au hasard ; il étudiait chaque détail et prenait toute initiative afin d'être sûr que, le jour de la course, sa voiture aurait été très bien mise au point.
Si le Nürburgring fut sa course la plus émouvante, c'était peut-être à Monaco qu'il montra les profondes racines de son engagement et sa grande abnégation. Dès les premiers essais, il testa à fond pendant des heures toutes les voitures que Maserati avait apportées sur la piste de Monte-Carlo. Il enregistra un fantastique meilleur temps dans la session finale des essais de qualification en remportant la pole position. Il laissa les jeunes lions batailler entre eux dans les premiers virages, en les gardant sous contrôle à distance de sécurité jusqu'à ce qu'ils s'éliminent inévitablement à tour de rôle. Après quoi, il imposa son rythme dans la partie restante de la course, tout en ménageant la boîte de vitesse de sa monoplace, en faisant preuve de sa grande sensibilité mécanique lorsqu'il ne put plus rétrograder en seconde. Ses mécaniciens avaient eu du mal à croire qu'il ait pu finir la course dans ces conditions, en imposant un écart impressionnant de trente secondes, avec la voiture dans cet état, au pilote arrivé sur la deuxième marche du podium. Mais, le récit de l'histoire la plus émouvante ne reflète pas toujours la réalité des faits... Après sa victoire à Rouen, la revue Autocar écrivait : « Fangio n'a pas seulement le don remarquable d'aller plus vite que les autres, mais il sait aussi faire en sorte que sa voiture arrive indemne à la fin de la course, dans le même état qu'au départ ». Michael Frostick ajoutait : « Fangio a prouvé une fois de plus qu'il était l'exception qui confirme la règle, car sur la partie de la piste précédant le lacet il faisait une embardée et un dérapage contrôlé de sa monoplace de façon presque impossible à imaginer ».
Après la course historique du Nürburgring de l'argentin, Harry Schell affirmait que : « Même au volant d'un tracteur, il arriverait de toute manière à nous semer ! »
Fangio avait instauré un rapport unique avec Maserati, très bien évoqué par lui-même : « J'ai couru et gagné sur des voitures de toutes sortes de différentes marques, mais j'ai toujours eu un rapport privilégié avec Maserati : non seulement ses voitures étaient sûres, fiables et à la pointe du progrès, mais une profonde amitié a toujours existé entre moi et le Trident. Ce lien particulier me donnait la sensation de faire partie de la maison. »